Le lituanien est l’une des plus anciennes langues vivantes d’Europe. Il appartient au groupe balte des langues indo-européennes, dont seules deux langues ont survécu : le lituanien et le letton. C’est la langue officielle de la Lituanie, redevenue indépendante en 1992 après la chute de l’Union soviétique. Malgré la modernisation du pays, le lituanien demeure profondément enraciné dans la culture et l’identité nationale.
Environ trois millions de personnes parlent le lituanien en Lituanie, auxquels s’ajoute près d’un million de locuteurs issus de la diaspora, principalement installés aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et en Irlande. Ces communautés ont permis à la langue de se maintenir vivante au-delà des frontières du pays. Le lituanien est enseigné dans plusieurs universités étrangères, notamment à Chicago, Toronto et Paris, où des départements de linguistique s’y consacrent.
Le lituanien descend directement du proto-balte, une branche de l’indo-européen ancien. Autrefois, cette famille comptait plusieurs langues, dont le vieux prussien, parlé en Prusse orientale jusqu’au XVIIe siècle, aujourd’hui disparu. De toutes les langues indo-européennes modernes, le lituanien est celle qui a le mieux conservé les traits archaïques de la langue-mère, ce qui en fait un objet d’étude privilégié pour les linguistes du monde entier.
Le lituanien se divise en deux grands dialectes : celui du sud, ou aukštaitien, et celui du nord, ou žemaitien. Le premier a servi de base à la langue littéraire moderne, utilisée dans l’enseignement, les médias et les institutions. Le second, plus régional, reste largement pratiqué dans les zones rurales et conserve de nombreuses formes anciennes, parfois incompréhensibles pour les locuteurs du dialecte standard.
L’écriture latine a été adoptée au XVIe siècle, lorsque la Lituanie s’est rapprochée de la sphère culturelle européenne. L’alphabet lituanien comprend 32 lettres, certaines comportant des signes diacritiques spécifiques (š, č, ė, ų, ą, etc.) destinés à noter des sons absents des autres langues européennes. L’orthographe, fixée au XIXe siècle, est restée remarquablement stable, contribuant à la cohérence linguistique du pays.
La grammaire lituanienne est célèbre pour sa complexité et son archaïsme. Elle possède sept cas grammaticaux, cinq groupes de déclinaisons et un système de conjugaison très développé. À côté des genres singulier et pluriel, subsiste encore un duel, vestige des langues indo-européennes anciennes, utilisé pour désigner deux objets ou personnes. Le lituanien partage plusieurs structures avec le letton, mais il conserve des formes plus anciennes, proches du sanskrit et du grec ancien.
Cette conservation remarquable s’explique par l’isolement géographique et historique du pays. Entourée de forêts, de marais et de lacs, la Lituanie a longtemps été protégée des grandes vagues d’influence linguistique venues d’Occident. Les linguistes parlent d’un « isolat relatif », c’est-à-dire d’une langue ayant évolué à son propre rythme, sans être altérée par des emprunts massifs. Cet isolement a permis au lituanien de rester l’un des témoins les plus fidèles de la langue indo-européenne originelle.
Langue officielle de l’État, le lituanien est utilisé dans l’administration, l’éducation, les médias et la littérature. Les autorités accordent une grande importance à sa préservation et à sa pureté, notamment face à l’influence croissante de l’anglais. La vitalité de la langue se manifeste aussi dans la poésie, la musique et la recherche universitaire. Symbole de la continuité culturelle du pays, le lituanien reste un pilier de l’identité nationale et un trésor linguistique pour l’héritage européen.